Oeuvre et Bibliographie de Harold Pinter
OEUVRE
Harold Pinter a consacré son œuvre à l’observation d’une réalité aux apparences banales mais intrigante, inquiétante, secrètement chargée d’insécurité et de violence. Il est particulièrement attentif à la vie subconsciente de ses personnages et à la nature complexe de l’identité individuelle. Son théâtre exprime l'ambiguïté des rapports humains, suscite la perplexité, obéissant à une logique plus onirique que réaliste. L’emploi fréquent d’allégories aux multiples interprétations contribue à créer avec force une impression d’indéfini et de mystère. C’est un théâtre de la menace.
L’auteur ne parle pas directement de conflits politiques ou sociaux, hormis dans "Un pour la route" où il dénonce la torture étatique, et dans deux ou trois sketches (Édouard Bond l’aborde plus directement). Il préfère montrer la dé-sorientation psychique d’individus, engendrant inhibition et agressivité. Il ne divise pas la société en oppresseurs coupables et en victimes innocentes mais en individus, dont le comportement constitue la société. Il présente des couples ou des confréries de toutes sortes, hommes, femmes, mais tous mal assortis, au langage tronqué et au cérémonial perverti, dont les membres s’immiscent dans le domaine de l’autre. Ils se mentent, se violentent pour des raisons obscures. Il donne, aussi, une part belle à l’interprétation aléatoire du souvenir où il y émane confusion et poésie. Ainsi l’auteur renforce le subjectif, persuadé que toute personne à une vérité plus profonde que celle qu’on peut voir et comprendre.Son écriture est à la fois un langage simple, âpre et poétique et dangereux, protéiforme, sous-jacent. Il fractionne la pensée, détourne, distord le réalisme des scènes. Les silences multiples et récurrents sont plus que des masques, ce sont des révélateurs, des non-dits.
Ce langage est la matière même de son théâtre. Les personnages sont façonnés et assujettis par celui-ci.
Seuls existent dans son œuvre les individus et leurs interactions, leurs frictions, leurs provocations, leurs frustrations, leurs décharges vengeresses, leur rage d’impuissance, leur étrangeté, leur étonnement ou leur inquiétude face à l’autre.
Pinter insinue que les maux de ces "Individus malades", vivant momentanément ou quotidiennement en état de crise non déclarée, ni même perçue, ont la capacité d’anéantir la vie intime de chacun. Ces maux véhiculent les mêmes mécanismes ou pulsions qui déclenchent les conflits sociaux, les révolutions et les guerres. Et les conjonctures (politique, économique, historique) désignées responsables par les nations ne seraient que des justifications réductrices.
Son théâtre semble être un "Théâtre d’hommes" où du moins la figure masculine domine l’oeuvre. Car elle est peut-être plus représentative de notre société, qui est gouvernée par ces derniers. Si les femmes sont omniprésentes, elles sont rarement les initiatrices de l’action, même si elles en sont parfois l’enjeux. Pourtant, tout comme les hommes, elles apparaissent atteintes de maux, de violences, d’aliénation, de couardise, de déchéance, de fantaisie ou de cynisme mais elles manifestent plus de tendresse et d’amour à autrui.
Les pièces de ce grand pervertisseur ont l'allure brillante de comédies de mœurs immorales, de théâtres de boulevard dévoyés et nocturnes, de fables urbaines néo-réalistes, de sketches excentriques et déconcertants; toute une panoplie de discours que l'on ne comprend jamais tout à fait. On suit le fil de l'histoire, comme celui d’un "Triller", sans qu’on sache pourquoi tout ça arrive. Les personnages, dont on ne connaît pas les motivations profondes, ont l'air de vouloir des uns des l'autres "Des choses pas claires". L'histoire ébauchée n'est jamais tout à fait menée à terme.
Comme chez Marivaux - théâtre aux aventures psychologiques complexes et philosophiques, tout est affaire de mensonges, de masque et de langage. Celui de Pinter est volontairement elliptique, tant dans la construction dramaturgique, que dans l’enchaînement des dialogues. Pinter, par là, semble refuser l’analyse psychologique, laissant place au subjectif, à l’interrogation. Évidemment, chez ce dernier, on conclut moins de mariages, on boit davantage et on commet des turpitudes sous la table du salon. Le désir et la frustration sont souvent présents. L’incarcération en asile est à l’orée de chaque fin de phrase.
Mais, au fond, tout l'enjeu de ces joutes, entre ces individus, n’est pas de savoir qui sera le maître et qui sera le valet. Le captivant n’est pas le dénouement de la bataille mais son processus. Si elle n’est pas sociale, l’aliénation, est sexuel! La joute n'est pas convenable. Pourtant il faut surmonter ce désagrément, cette peur de la mort, de l’ennui qui nous guette, en jouant. Qu’importe le jeu et les conséquences !
Si son théâtre n’est pas un lieu d’optimisme, de réconciliation, ni celui d’une captation historique, serait-il alors celui d’un ring ou d’un champ de bataille bien qui ne cherche pas à réconforter mais à questionner, à révéler torpeurs et crimes ?
Nul n’est innocent!
Bibliographie
1930
Naissance d’Harold Pinter à Hackney dans l’East End de Londres. Fils unique de parents de confession juive.
1947
Il a 17 ans et joue le rôle de Macbeth à l’Ecole. Il réussit au London General School Examination. Participe au débat public à l’école sur la guerre, le cinéma et le théâtre.
Publie dans The Review le poème DAWN (Aube)
1948
Se distingue à l’école comme footballeur et joueur de cricket. Interprète Roméo
Quitte la Hacney Downs School et entre à la Royal Academy of Dramactic Art grâce à une bourse.
Simule une dépression nerveuse et se déclare objecteur de conscience
1949
Renonce à toute foi religieuse. Refuse de remplir ses obligations militaires. Comparaît à deux reprises devant les tribunaux.
Ecrit le poème KULLUS
1950
Commence son roman semi-autobiographique THE DWARFS (Les Nains)
Publie deux poèmes dans Poetry London n° 19
Premier cachet de comédien pour sa participation à FOCUS ON FOOTBALL POOLS, une émission de radio de B.B.C.
1951 / 1953
Premier engagement professionnel pour jouer dans HENRY VIII de W. Shakespeare, pièce dramatique diffusée par la radio B.B.C.
Etudie à la Central School of Speech and Drama.
Entre dans la troupe d’Anew McMaster et part en tournée en Irlande
Publie un troisième poème dans Poettry London n° 22
Continue à écrire THE DWARFS
1954 / 1955
Joue sous le pseudonyme de David Baron, dans diverses villes de province
Ecrit le poème THE TASK (La Tache)
THE EXAMINATION
1956
Etabli les images de THE ROOM (La Chambre)
Mariage avec Vivien Merchant
Ecrit le poème THE ERROR OF ALARM
Termine son roman THE DWARFS
1957
Sans domicile fixe
THE ROOM
THE BIRTHDAY PARTY (L’Anniversaire)
THE DUMB WAITER (Le Monte-Plats)
Première représentation de THE ROOM à l’Université de Bristol
THE ROOM est joué à la Bristol Old Vic Drama Competition. Le critique Harold Hobson en fait une critique élogieuse
1958
Loge dans un sous-sol à Notting Hill Gate
Naissance de son fils Daniel
Déménagement à Chiswick.
A SLIGHT ACHE (Une Petite Douleur)
THE BIRTHDAY PARTY est joué au Arts Theatre et au Lyric Theatre
La B.B.C. commande une pièce radiophonique d’une heure
THE HOTHOUSE
1959
A NIGHT OUT (Une Nuit de Sortie)
THE CARETAKER (Le Gardien)
THE BLACK AND WHITE (La nuit et le Jour) et TROUBLE IN THE WORKS (Crise à l’Usine). Ces deux Sketches sont joués au Lyric
THE DUMB WAITER est joué en première mondiale en Allemagne, à Francfort
Diffusion sur la B.B.C. de A SLIGHT ACHE
REQUEST STOP (Arrêt Facultatif) et LAST TO GO (Le Dernier à Partir). Ces deux Sketches sont joués à l’Apollo
1960
NIGHT SCHOOL (l’Ecole du Soir) et THE DWARFS (Les Nains)
THE BIRTHDAY PARTY, NIGHT SCHOOL et THE DWARFS sont diffuses à la télévision
CARETAKER est joué pour la première fois au Arts Theatre Club
THE BIRTHDAY PARTY est joué à San-Francisco
CARETAKER est joué en version allemande à Düsseldorf
1961
Début d’une nouvelle carrière, celle scénariste puis celle de metteur en scène
THEÄTRE / PIECE & MISE EN SCENE / CINEMA / SCENARIO
APPLICANT (Sketch)
Le Gardien est joué à Paris au Théâtre Lutèce
THE COLLECTION est diffusé à la télévision
THE CARETAKER remporte le Prix de l’Evening Standard décerné à la meilleure pièce de l’année 1960 et elle est jouée à New-York
THE SERVENT (J. Losey)
1962
THE LOVER (l’Amant)
THE COLLECTION est joué par la Royal Shakespeare Compagny
Adaptation de CARETAKER (C. Donner)
1963
DIALOGUE FOR THREE (Shetch)
TEA PARTY
THE TABLE (Poème)
THE LOVER est diffusé à la télévision, reçoit le prix Italia 1963 décerné à la meilleure pièce de télévision Européenne et le Guilde de la télévision Britannique
THE COMPARTMENT &
THE PUMPKIN EATER (J. Clayton) sont d’après un roman de Pénélope Mortiner
Le Film tiré du scénario THE CARETAKER remporte un Ours d’Argent à Berlin
1964
THE HOMECOIMING (Le Retour)
THE SERVANT reçoit le prix du meilleur scénario décerné par la Guilde des scénaristes britanniques
Première cinématographique à Londres de CARETAKER
1965
La Collection et L’Amant sont joués à Paris dans une mise en scène de Claude Régy
THE PUMPKIN EATER reçoit le prix du meilleur scénario décerné par l’Académie du Film Britannique
1966
Harold Pinter devient Commandeur de l’Ordre de l’Empire Britannique
THE BASEMENT (Le Sous-Sol)
Le Retour est joué au théâtre de Pais dans une mise en scène de Claude Régy (Paris)
THE QUILLER MEMORANDUM (M. Anderson) d’après le roman de A. Hill
ACCIDENT J. Losey
1967
LANDSSCAPE (Paysage)
SPECIAL OFFER (Sketch)
HOMECOMIN remporte un Tony (meilleure pièce à Broadway), le Prix de la meilleure pièce décerné par le Cercle des critiques dramatiques new-yorkais et le Prix anglo-américain Witbread
La version télévisée de THE CARETAKER remporte un Emmy aux U.S.A.
H. Pinter met en scène THE MAN IN THE GLASS BOOTH de Robert Shaw
1968
SILENCE
MAC et POEMS Publication de Poèmes
THE GO-BETWEEN (Le messager) J. Losey
BIRTHAY PARTY (W. Friedkin)
1969
NIGHT (Sketch)
1970
Reçoit le Prix Shakespeare décerné par l’Université de Hambourg
Le titre de Doctor Honoris Causa lui est décerné par l’Université de Reading
OLD TIMES (C’était hier)
Met en scène EXILES de Joyce
ALL OF THAT (poème)
LANGRISHE, GO DOWN (Télévision) adapté du roman d’Aidam Higgins
1971
Met en scène BULEY de Simon Gray
Création de C’était Hier par Gaston Baty (Paris)
Commence le scénario tiré de A LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU de M. Proust
1972
MONOLOGUE
THE GO-BETWEEN obtient le Prix du meilleur scénario décerné par la GUILDE des scénaristes britanniques.
Termine le scénario de A LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU
1973
Reçoit à Vienne le Prix d’Etat d’Autriche pour la Littérature Européenne
BUTLEY est sa Première réalisation cinématographique d’après la pièce de Simon Gray
1974
Reçoit le titre de Docteur de l’Université de Glasgow et de l’Université d’East Anglia
NO MAN’S LAND
Met en scène NEXT OF KIN de John Hopkins
THE LAST TYCOON (E. Kazan) d’après le Dernier Nabab de F. Scott Fitzgerald
1975
Sa femme, Vivien Merchant entame une procédure de divorce pour adultère
Met en scène OTHERWISE ENGAGED au Queen’s Theatre
1976
Le Monte-Plats est mis en scène au Petit Odéon par Eric Kahane son traducteur français attitré
Met en scène BLITHE SPIRIT, THE IMMOCENTS et OTHERWIQZ ENGAGED
1977
Part se reposer à Haïti
1978
BETRAYAL (Trahisons)
Série de Poèmes
Met en scène THE REAR COLUMB de Simon Gray au Globe de Londres
Première de BETRAYAL au National Theatre
1979 NO MAN’S est présenté au T.N.P. de Lyon mise en scène R. Planchon puis au Théâtre du Gymnase à Paris
1980 Met en scène The Rear Column pour la Télévision B.B.C.1
Première représentation de HOT-HOUSE (écrite en 1958, elle ne fut pas monté) mise en scène par l’Auteur
FAMILY VOICES (La Voix du Sang)
THE FRENCH LIEUTENANT’S LIEUTENANT’S WOMAN (Karel Reisz) avec Meryl Streep et Jeremy Irons.
1981
Diffusion par la B.B.C.-Radio 3 de FAMILY VOICES
Met en scène à Londres QUARTERMAINE’S la nouvelle pièce de S. GRAY
VICTORY d’après le roman de J. Conrad (non tourné)
BETRAYAL (D. Jones)
1982 Diffusion par B.B.C.2 de THE HOTHOUSE.
VICTORIA STATION
A KIND OF ALASKA (Une sorte l’Alaska)
Création de OTHER PLACES (Autres Lieux, composées de Family Voices, Victoria Station et A King of Alaska) mise en scène par Peter Hall
Mort de sa Femme Vivien Merchant
1983 Représentation à La Gaîté Montparnasse d’un spectacle intitulé DES JOURS ET DES NUITS composé de 10 sketches dont Tea Party et Monologue
1984 ONE FOR THE ROAD (Un pour la route)
1985 / 1986
TURTLE DIARY (J. Irvin) d’après le roman de R. Hoban
1987
THE BASEMENTS (R. Altman) d’après de Bumb Waiter et the Room
1988
MOUNTAIN LANGUAGE (Langue de la Montagne
1989 / 1990
REUNION (J. Schatzberg) d’après le roman d’E. Bowen
1991 / 1992 THE NEW WORLD ORDER (Le nouvel Ordre Nouveau)
PARTY TIME (Une Soirée Entre Amis)
1993 / 1995
MOONLIGHT (La Lune se Couche)
1996 / 1998
ASHES TO ASCHES
1999
CELEBRATION
2000
REMEMBRANCE OF THINGS PAST
2001
2005
Reçoit le Prix Nobel de Littérature pour l’ensemble de son oeuvre
2008
Décède le 24 décembre à l’hôpital